La lettre de Saint-Germain Audit n°47 (juillet 2011)

Saint-Germain Audit se fera un plaisir d'expédier gracieusement le dernier livre de Pierre Larrouturou à ceux qui nous en feront la demande à l'adresse suivante :

larrouturou.sgabillet@saint-germain-audit.com

Une courte présentation en est faite dans cette lettre de SGA.

Bel été à tous !

Plusieurs personnes m'ont demandé pour quelle raison je n'écrivais plus ou très rarement de billet d'humeur. Je leur répond généralement que je n'en ai plus le temps. Cela n'est qu'à moitié vrai car il suffit, ce temps, de le prendre ...

La véritable raison est que je nourris un noir pessimisme sur l'évolution économique, sociale et écologique de nos sociétés. Une autocensure liée à l'impression de crier dans le désert. J'avais essayé, à mon échelle, de tirer des sonnettes d'alarme sur la gestion de la dette publique il y a maintenant plus de 10 ans (http://www.saint-germain-audit.com/lettre5.html) ou sur la gestion de la crise financière à ses débuts fin septembre 2008 (http://www.saint-germain-audit.com/lettre43.html).

Sans une action immédiate et massive, je suis absolument convaincu que nous nous dirigeons vers une crise auprès de laquelle celle de 2008 ressemblera à une tempête sur le bassin du jardin du Luxembourg (ma version des fauteuils du Titanic cités ci-dessous).

Deux évènements me poussent aujourd'hui à sortir de cette léthargie coupable.

Le premier est la situation désespérée d'un de nos clients, acteur sérieux du photovoltaïque, La cause en est très simple : trois variations à la baisse du prix de rachat de l'électricité fixé par l'Etat en moins de deux ans enclenchant une frilosité des acteurs du financement de cette filière. La France n'a aujourd'hui aucune politique cohérente du développement des énergies alternatives, pourtant incontournables à terme ... pathétique ! Je regarde l'Allemagne, dans ce domaine, avec admiration et envie.

Le second est la lecture du dernier livre de Pierre Larrouturou "Pour éviter le krach ultime" préfacé par Stéphane Hessel et publié chez Nova Editions (les passages entre guillemets sont extraits de l'ouvrage).

Un choix des citations en exergue du livre :

"... Depuis deux ans, on s'est contenté de déplacer les fauteuils sur le pont du Titanic." Joseph Stiglitz

"Nos dirigeants sont dans le déni de la réalité. Ils enrobent tout de sucre. Ils fuient leurs responsabilités" Paul Krugman

Propos édifiants de deux Prix Nobel d'économie ...

De quoi s'agit-il dans cet ouvrage ?

Tout d'abord d'un état des lieux sur la crise qui recense les sources des grands déséquilibres mondiaux et nationaux et dit la gravité de la crise :

-  au plan international : endettement abyssal des USA, bulle immobilière et chômage de masse en Chine ;
-  au plan national : chômage structurel, baisse continue des salaires dans la valeur ajoutée.

Le chômage est le problème majeur des économies en crise, principalement causé par la croissance exponentielle des gains de productivité que la croissance future envisageable ne pourra compenser.

Larrouturou expose ensuite les scénarios envisageables :

-  Scénario 1 : le plus optimiste : une sortie de crise à la Japonaise avec une croissance moyenne de l'ordre de 1% (cité Xavier Timbeau, directeur de l'OFCE) en digérant l'endettement public et privé colossal accumulé depuis 30 ans ;
-  Scénario 2 : Le Big One, crise financière majeure liée à la dette américaine avec des conséquences "sans commune mesure avec ce que nous avons connu depuis 4 ans." ;
-  Scénario 3 : la guerre

Je n'avais quant à moi dans un précédent billet évoqué que les scénarios 2 et 3 ... Edgar Morin n'est pas beaucoup plus optimiste : « … Le probable est la désintégration. L'improbable, mais possible, est la métamorphose. » (« La Voie », Fayard janvier 2011).

Pour autant, si la France et l'Europe sont à même de changer de diagnostic très rapidement et très profondément, il y a peut être une chance d'éviter l'embrasement généralisé.

Tout d'abord en comprenant que le chômage de masse que connaissent nos économies est le problème numéro un dont découlent les profonds déséquilibres que nous connaissons. Les gains de productivité gigantesques que nous avons connu ces 50 dernières années (multiplication par 5) ne peuvent être compensés par une croissance infinie pour assurer le plein emploi. Il nous faut donc comprendre que le partage du temps de travail est la condition sine qua none d'un rééquilibrage social et économique.

Le second déséquilibre, lié au premier, est la divergence constante depuis le premier choc pétrolier des facteurs de production, le travail étant de moins en moins rémunéré et le capital toujours plus. Cela, lié à l'émergence d'une nouvelle oligarchie aux rémunérations indécentes, accentue la dichotomie sociale qui n'est compensée que par une augmentation constante de l'endettement des ménages et de l'Etat.

"Stiglitz a raison quand il parle du "triomphe de la cupidité". La crise est morale avant d'être une crise sociale et une crise financière : comment nous sommes nous résignés à ce qu'il y ait autant de chômage et de précarité ?" (page 99, opus cité). Larrouturou cite Stiglitz qui lui même trouve ses racines chez Sénèque qui dénonçait déjà la cupidité de l'or.

La question de la répartition de la richesse est donc au centre de la réflexion d'une nouvelle société.

Quelles pistes pour sortir de la crise à venir (chapitres 5 et suivants, opus cité) :

-  se protéger des marchés financiers en imposant une séparation des banques de dépot des banques d'affaires comme les Etats-Unis l'avaient fait en 1933 (Glass-Steagall Act) ;
-  adopter une fiscalité de crise en imposant les très hauts revenus, là encore comme Roosevelt l'avait fait en 1932 ou comme cela était le cas avant la vague néo libérale des années Thatcher et Reagan ;
-  créer un impôt européen sur les bénéfices des sociétés ;
-  créer une taxe sur les transactions financières (dite taxe Tobin, du nom de James Tobin, prix nobel d'économie) ;
-  contraindre la Chine à respecter ses engagements lors de son adhésion à l'OMC ;
-  créations de nouveaux emplois dans le logement et les énergies alternatives ;
-  construire l'Europe à marche forcée au travers d'un financement européen de ces projets.

Négocier un autre partage du travail et des revenus avec l'ambition de développer des outils à la hauteur des défis qui sont devant nous, voilà ce à quoi appelle ce livre.

"C'est à nous d'agir. Avant qu'il ne soit trop tard."

Paris, le 14 juillet 2011

Frédéric V-M.


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