
Les Jeux Olympiques à peine clôturés avec pour la voile une troisième médaille en 470, les espoirs de la discipline qui eux concourent en 420 se retrouvaient à Brest du 25 au 29 Août 2008 pour les championnats de France Espoir. Maxime Garbay et Achille Nebout-Javal sur leur 420, sponsorisé par Saint-Germain Audit, sont sacrés champions de France.
Too big to fail ? too small to win ?
Commençons donc par quelque chose de réjouissant : deux jeunes garçons champions de France de leur catégorie en 420. Trop petits pour vaincre : sûrement pas ! Saint-Germain Audit est heureux de féliciter Achille et Maxime pour leur très belle victoire !
Trop gros pour chuter : c'est par cet insolent paradoxe que se sont rassurés bien des financiers outre-atlantique s'imaginant trop importants pour disparaître. Les mêmes qui chantaient la mort des Etats et le triomphe du marché.
Au passage, on égratignera certains chroniqueurs ou personnalités en vue qui depuis l'été 2007 nous expliquent à longueur de colonnes que « le pire est derrière nous ».
A relire le billet d'humeur de février 2002 intitulé « Un ouragan nommé Enron » www.saint-germain-audit.com/lettre13.html, on retrouve beaucoup des ingrédients de la crise financière actuelle.
Une fois de plus, les vents soufflent d'ouest et l'odeur du grand large est pestilentielle.
On ne se lancera pas dans une antépénultième explication des fondements et des causes de cette crise qui ont été décortiqués ces dernières semaines avec précision et parfois même avec la jubilation un peu morbide des gens « à l'abri » ou de ceux qui triomphent d'avoir eu raison avant les autres.
La situation est proprement dramatique car au-delà des quelques happy-few ou apprentis sorciers de Wall Street sur qui personne ne pleurera, c'est désormais des pans entiers de l'économie mondiale et du bien être des peuples du monde dont il s'agit.
Personne ne sait très bien où nous emmène ce cataclysme. Si l'on considère qu'il se conjugue avec deux autres phénomènes que sont la crise écologique et la crise des approvisionnements énergétiques et alimentaires, on peut alors le comparer aux « vagues centenaires » qui se forment sur les océans sans que l'on puisse les modéliser.
Les vagues centenaires dans les sociétés humaines, ce sont les guerres et quand plus aucune autre solution n'apparaît crédible, cela devient le dernier refuge des nations.
Au milieu de la tourmente, les cartes sont curieusement rebattues, les ultras libéraux d'hier devenant les chantres des nationalisations ou de l'intervention de l'Etat.
Quelques lapalissades deviennent aujourd'hui évidences pour tous mais pour combien de temps ? La « main invisible » du Marché n'existe pas, une société tire son équilibre et sa légitimité d'une régulation acceptée de tous dont l'Etat de droit ou l'instance internationale est le garant.
A l'origine de cette crise les subprimes, prêts immobiliers qui ne sont viables qu'en période d'expansion forte des prix des biens financés. J'ai été frappé par le nombre d'enquêtes sur la situation des institutions financières américaines en déroute comparé au nombre de reportages sur la misère humaine que cela engendre.
Des quartiers entiers de maisons saisies et vidées de leurs habitants sont entourés de barrières et protégés par des vigiles du risque des squatters, leurs anciens occupants !
Cette situation invraisemblable est probablement typiquement américaine car il difficile d'imaginer pareilles scènes sur le vieux continent sans mettre immédiatement le feu aux poudres.
Partant de ce constat tragique, on pourrait alors lancer une idée (saugrenue ?) en prenant le contre-pied du plan Paulson qui vient d'être difficilement approuvé (ou annoncé comme tel le lundi 29 septembre, date du début de ce billet, voir la suite …)
Sa mesure phare est le rachat des créances pourries du système bancaire américain par une structure dédiée avec une mise de fonds (initiale ?) de 700 milliards de dollars qui viennent s'ajouter aux précédents engagements du Trésor américain, eux mêmes de plusieurs centaines de millions de dollars.
La proposition est la suivante : si ces 700 milliards de dollars étaient prêtés aux dix millions d'américains défaillants ?
Plusieurs avantages se dégageraient de cette solution :
• une plus grande sécurité pour le Trésor Américain de rentrer un jour dans ses fonds ; • un effet de relance de l'économie par une injection massive d'argent auprès des consommateurs les moins favorisés ; • un cycle vertueux de rétablissement partiel de la valeur des biens immobiliers entraînés dans la spirale des impayés ; • une plus grande justice sociale (moralité politique ?) dans l'aide apportée, à l'encontre de l'adage en vogue « privatisation des profits et socialisation des pertes » ….
Bon, je reprends ce billet d'humeur mardi 30 septembre au matin, après le rejet par le Congrès du plan Paulson. Wall Street a dégringolé ensuite de 7%, la plus forte baisse de son histoire.
Certaines banques européennes ont été rachetées par leur Etat ou sont en passe de l'être.
« Les situations désespérées exigent des mesures désespérées… Les mesures prises par le secrétaire américain vont durement pénaliser les ménages et fournir une bouée de sauvetage aux investisseurs les plus irresponsables » écrit Martin Wolf, éditorialiste économique dans le Monde du 30 septembre.
Deux questions incontournables viennent alors :
Est-on au fond du trou ? La réponse est simple : personne n'en sait rien.
Que faire ? Comme disait Lénine : la réponse, si l'en existe une, est a contrario d'une grande complexité. Il ne suffira pas de jeter en pâture aux peuples du monde quelques dirigeants cramponnés à leurs parachutes dorés pour rétablir durablement un nouvel équilibre.
Première urgence : sauver le système financier international comme s'y emploient les gouvernements soit par le biais d'une structure de defeasance comme aux US, soit par des nationalisations comme en Europe qui n'a pas de budget fédéral.
Deuxième urgence : ne surtout pas se dire une nouvelle fois « le pire est derrière nous » * et se pencher sur les autres bombes américaines que sont certains produits financiers dérivés complexes dont les marchés sont hors de tout contrôle et de toute régulation, par exemple le marché des CDS (Credit Default Swap : littéralement contrat d'échange de risque de crédit) qui fonctionne comme un grand marché de spéculations sur la faillite des autres : hallucinant !
Après viendra peut-être le temps de la reconstruction. On sait déjà que cette deuxième « Grande Crise », dont l'histoire dira si elle a été plus grave que celle de 1929, aura des conséquences capitales sur les équilibres mondiaux tels qu'on les a connus depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Des voix s'élèvent pour une refonte de certaines normes comptables relatives à l'évaluation des actifs. La "market value", instantanée, instable et incontrôlable (nouvelle règle des 3i) doit être revue. La réflexion doit porter sur la notion du temps comme composante de la valeur.
Une chose est certaine : à économie mondialisée, régulation mondialisée. Espérons que la sagesse des peuples supplantera la folie des hommes.
Frédéric
* lire ou relire Typhon de Joseph Conrad
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