La lettre de Saint-Germain Audit n°41 (Juin 2007)

Interview de Nicole Notat, présidente de Vigeo.

www.vigeo.com

La vigilance sociale selon Vigeo

Vigeo sonde les dimensions sociales, environnementales et de gouvernance des entreprises.

Plus qu'agence de notation sociale, elle se définit comme une agence de « mesure de la responsabilité sociale ».

Sa finalité ?

Fournir aux investisseurs une aide à la décision d'investissement, et aux entreprises un outil de pilotage stratégique.

Interview de Nicole Notat, présidente de Vigeo

Le rôle d'une agence de notation extra-financière telle que Vigeo est de mesurer les efforts fournis par les entreprises en de responsabilité sociale. Comment travaillez-vous ?

Le référentiel Vigeo est composé d'une quarantaine de critères issus d'objectifs de responsabilité sociale de portée universelle. L'analyse portera sur la gestion des ressources humaines, le respect des droits humains, la protection de l'environnement, leur comportement sur les marchés (dont la prévention de la corruption, la relation aux clients et fournisseurs, aux sous-traitants), le gouvernement d'entreprise et l'engagement sociétal.

La note attribuée n'a pas pour vocation de stigmatiser des attitudes ou des asymétries mais bien de mettre en perspective des marges de progrès. Cette mesure s'inscrit volontairement dans une vision dynamique des choses.

Tous les ans, près de 600 entreprises européennes, qui représentent une trentaine de secteurs, passent au crible de notre analyse. Ces informations intéressent particulièrement les investisseurs et les gestionnaires d'actifs qui les utilisent dans leurs décisions d'investissement.

Il s'agira, par exemple de constituer des portefeuilles dédiés : fonds verts, fonds droits de l'homme, fonds développement durable, ou encore d'intégration de certains critères de responsabilité sociale à l'analyse financière classique.

Par ailleurs, des entreprises nous sollicitent pour procéder à un audit indépendant de leur responsabilité sociale. Cette évaluation se déroule sur place et sur pièces, selon le périmètre déterminé par l'entreprise.

Les conclusions de l'audit lui permettront notamment d'ajuster sa stratégie de développement durable et de mettre en œuvre les mesures correctrices qu'elle jugera utiles.

Selon vous, cette nouvelle gouvernance, voulue par les pouvoirs publics, les investisseurs et une grande part de l'opinion publique, est-elle réellement source de rentabilité et de progrès social ?

Oui, je le crois.

Que ce soit par conviction ou nécessité, les chefs d'entreprise observent qu'à négliger les différents aspects de la responsabilité sociale, l'entreprise s'expose à des risques : risque d'image, de réputation, de procédures juridiques, de campagne médiatique, de boycott du consommateur.

L'engagement d'une entreprise influence par exemple son attractivité sur le marché du travail… La responsabilité sociale devient incontournable pour l'entreprise. En maîtrisant ses impacts sur son environnement naturel, humain et territorial, les questions sociales et environnementales, l'entreprise transforme d'apparentes contraintes en nouvelles opportunités afin de consolider son image de marque et sa propre durabilité.

Par exemple, des entreprises se mobilisent autour des questions de "diversité". L'accueil par l'entreprise de salariés représentatifs de la sociologie de la population traduit à l'évidence tout autant un progrès pour l'entreprise et pour la société.

Une mesure de la responsabilité sociale de l'entreprise, dès lors qu'elle est sérieuse dans ses méthodes et basée sur un solide référentiel, est dans l'intérêt de tous les acteurs de l'économie et de la société

Des freins subsistent-ils ? Les outils actuels suffisent-ils ?

Des freins subsistent.

C'est le lot de toute évolution majeure. Les outils sont à parfaire. Mais plus que les outils -qui sont nécessaires- l'amplification inéluctable du mouvement dépend de la prise de conscience des dirigeants à engager des démarches de responsabilité sociale et de leur volonté de les impulser.

Ceux qui tardent à le faire prennent un retard qui leur sera préjudiciable.

Si le top management ne prend pas conscience de ce challenge. les managers intermédiaires les plus convaincus peineront à le faire L'impulsion doit venir d'un top management qui a pleinement conscience que ces enjeux sont des enjeux stratégiques. Ensuite, le portage des engagements appelle la participation de tous.

Vigeo Paris, juin 2007

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