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Tribune libre à Philippe Hayat
100.000 entrepreneurs pour changer le visage de la France
Transmettre l'envie d'entreprendre
Dans quelques mois, un nouveau gouvernement succèdera à l'équipe actuelle. Par tradition, il apportera dans ses bagages son lot de mesures techniques destinées à favoriser la création d'entreprises : simplifications administratives, aides financières et incitations fiscales. Ces dispositions faciliteront principalement la création d'entreprises individuelles (artisanat, commerce, profession libérale), créées par nécessité pour exercer un métier. Comme 80% des créations françaises aujourd'hui, elles ne comptent aucun salarié, et n'ont pas vocation à se développer.
Il est beaucoup plus difficile de multiplier les entreprises créées par opportunité, celles qui naissent autour d'un projet, puis qui grandissent pour de devenir des PME innovantes, exportatrices et créatrices d'emplois. Pour favoriser la création de ce type d'entreprises, les mesures techniques ne suffisent pas ; c'est une véritable culture d'entreprendre qu'il faut insuffler dans le pays, en commençant directement à la source, auprès des jeunes générations. Cette mission ne peut revenir qu'aux entrepreneurs eux-mêmes ; eux seuls sont capables de transmettre l'envie d'entreprendre, par la force de leur exemple et par le récit de l'aventure humaine qu'ils ont vécue.
C'est la raison pour laquelle l'opération « 100000 entrepreneurs » (www.100000entrepreneurs.com) organise des témoignages de chefs d'entreprise et de responsables associatifs dans les collèges, les lycées et les établissements de l'enseignement supérieur de France. Car c'est bien dans ces classes d'âge, où les premières interrogations professionnelles apparaissent, qu'il faut semer l'idée que l'avenir est riche de promesses pour qui veut bien le prendre en main.
Redonner aux jeunes générations confiance en l'avenir
Cela devient urgent. Les jeunes ont peur de l'avenir, on le comprend aisément : 22% d'entre eux - et deux jeunes non diplômés sur cinq - n'ont pas d'emploi (contre respectivement 12 % au Royaume-Uni et 15 % en Allemagne). 90 % des jeunes de 18 ans, et deux tiers des moins de 26 ans, entrent aujourd'hui dans la vie active avec un contrat précaire. Ils n'entendent parler de l'entreprise qu'à l'occasion de scandales fortement médiatisés, ou au travers des critiques émises par les organisations syndicales et les formations politiques. Ils vivent comme des menaces les mutations inéluctables en cours, portées par la mondialisation et l'accélération des échanges d'information.
Il en résulte que 70% des 13-25 ans souhaitent intégrer le Service Public (sondage Ifop pour le Salon de l'Emploi Public, 2006), alors même que 46% d'entre eux auraient envie d'être leur propre patron s'ils avaient le choix (sondage Ifop « Les jeunes face à l'emploi », 2006). Seulement 36 % d'entre eux croient en la libre entreprise (contre 67 % des anglais, 71 % des américains, 74 % des chinois). Ils ignorent ainsi la capacité d'innovation et le savoir-faire de leur pays. Sa culture et la qualité de vie qu'il offre mériteraient une autre ambition. En un sens, ils tournent le dos à leur avenir. Réhabiliter l'entreprise par la voix des entrepreneurs
Les entrepreneurs, en développant leur PME ou leur association, contredisent ce pessimisme ambiant : sur les vingt dernières années, ils ont créé 2,5 millions d'emplois quand les grands groupes en ont détruit 600.000. Ils drainent l'innovation, caractéristique propre aux nouveaux entrants sur un marché. Ils diffusent le goût de l'effort, partagé par des équipes qui se réunissent autour d'objectifs communs. La taille humaine de leur structure donne un sens à l'action de chacun de leurs employés.
Leurs réalisations, qu'elles soient à vocation économique, associative, artistique ou humanitaire, recadrent bon nombre d'idées reçues. Ainsi, l'entreprise n'est pas l'ennemie du salarié : elle lui apporte un emploi, un revenu, une possibilité de formation et de progression. Le salarié ne cherche pas nécessairement plus de sécurité et moins de travail : il cherche également du sens et de l'épanouissement dans sa profession. Le chef d'entreprise n'est pas l'adversaire de l'employé : leurs intérêts sont liés, le succès de l'un portant celui de l'autre. L'entreprise ne menace pas la cohésion sociale : elle participe au financement de la collectivité et à la modernisation de nos services publics ; elle peut jouer un rôle clé pour encourager le développement durable et l'intégration.
Le temps presse, car la France a du retard. Un million de PME supplémentaires seraient nécessaires pour atteindre la densité entrepreneuriale de la Grande Bretagne ou de l'Italie. Un doublement du nombre de nos PME permettrait d'atteindre celle des Etats-Unis. Les 13-25 ans d'aujourd'hui seront entrepreneurs de demain. Ils contribueront à résoudre une bonne partie des questions auxquelles leur génération va être confrontée : chômage, précarité, intégration, innovation, financement des retraites, réduction de la dette et des déficits publics. Donnons leur envie d'entreprendre, pour leur avenir et celui de leur pays.
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Philippe Hayat
Chef d'entreprise,
auteur de « L'entreprise, un acteur clé de la société » (Ed. Autrement 2006)
Plus d'informations sur www.100000entrepreneurs.com.

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