La lettre de Saint-Germain Audit n°37 (septembre/octobre 2006)

Au sommaire de ce numéro, « Avançons… » par Bruno. Frédéric a cédé sa chronique à Jean-François Grunfeld (www.museumexperts.com) pour une chronique sur la politique culturelle des villes.




L'équipage Saint-Germain Audit sur Melge 24 en régate lors du championnat du monde des Melges 24 qui a eu lieu fin août à Hyères, le site international de la série :
www.melges24.com

Le billet d'humeur de Frédéric

Tout d'abord un grand bravo à l'équipage du bateau Saint-Germain Audit skippé par Emmanuel Nebout pour sa participation au championnat du monde des Melges 24. Regroupant 126 bateaux sur le plan d'eau d'Hyères avec deux tiers d'équipages professionnels de la voile, notre bateau s'est honorablement classé 19 ème de la « division corinthienne » (équipages amateurs) et 54 ème du classement général.

Qualifié dans le « rond or » (meilleure moitié de la flotte) à l'issue des premières régates courues dans la brise, temps de prédilection de notre équipage, le Saint-Germain Audit a fini le championnat du monde dans la « pétole » (tout petit vent) dans un esprit d'équipe … visant à arriver dans les premiers au prochain championnat du monde dans deux ans !

Paradoxes

Août glacial et septembre torride ? pas seulement.

J'avais préparé un billet d'humeur sur un thème très proche de celui de Bruno, genre devenir de notre société en bascule, dette de l'Etat, intégration des jeunes générations, répartition de la croissance, posons les problèmes sur la table etc … Bruno en ayant traité à sa manière, j'ai décidé de céder ma chronique tout en en conservant le titre à Jean-François Grunfeld www.museumexperts.com pour une chronique portant sur la politique culturelle :

À la fin du mois de janvier 2007 (24-26 janvier) se tiendra au Carrousel du Louvre, le SIME, premier salon pour la valorisation de l'offre culturelle des villes et plus généralement des collectivités territoriales .

On sait aujourd'hui que l'effort culturel est porté en France par les villes, 4,1 Milliards contre 2,6 pour le Ministère de la Culture en 2002 (dernière statistique connue). Pour l'ensemble des collectivités territoriales rassemblant, départements, régions et divers établissements, le total des dépenses dépasse les 6 milliards. Cette tendance s'accentue, par le volume des dépenses proprement dites, et par leur intentionnalité.

Les villes ont en effet aujourd'hui une politique culturelle pleinement assumée dont les objectifs sont multiples, à l'échelle d'ambitions qui ont depuis longtemps dépassé la limite de ses remparts.

Politique culturelle des villes.

La culture dans une ville, c'est d'abord un ensemble d'institutions : musées, patrimoines, spectacles vivants, bibliothèques. Et depuis vingt ans ces institutions se doivent aussi d'être contemporaines et spectaculaires par leur architecture. Tout le monde a en mémoire l'exemple de Bilbao et l'architecture de Frank Gherry pour le musée Guggenheim.

Idéalement, ces institutions sont en symbiose. Une certaine harmonisation dans leur fonctionnement apporte une valeur supplémentaire à ce qui ne serait qu'une simple addition hétérogène et stérile. Un effort existe dans ce sens, mais les finalités différentes et les tutelles administratives rigides font que la recherche de cohésion est une sourd bataille jamais complètement gagnée.

Les institutions fonctionnent, leur bonne qualité est reconnue. Par exemple, le musée des Beaux-arts, récemment rénové à grands frais, a un directeur internationalement connu pour la qualité de ses expositions. Les expositions sont les « événements » du musée. Cette qualité événementielle est avidement recherchée par les responsables : festivals de théâtre, de musique, fêtes… Ils sont très importants pour aider à cette cristallisation progressive et fragile qui fait dire d'une ville qu'elle a une politique culturelle.

L'image de la ville

Là est la difficulté : le poids de l'histoire, la rigidité des réputations, le faux semblant des clichés. L'image d'une ville est donc une longue patience et un effort permanent. Le résultat n'en est jamais assuré. Le bon exemple en France est Nantes. Nantes a construit des événements originaux dans les arts plastiques, dans la musique (la Folle Journée), dans les spectacles de rue avec Royal de Luxe. Ces réussites ont été associées à une politique urbaine originale et en avance (tramway en site propre, réseau cyclable, espaces verts). La conjonction de cet ensemble d'éléments favorables rend la ville de Nantes désirable. La population augmente, les entreprises s'installent. Il est difficile de faire la part exacte de la culture, mais son rôle est évident comme facteur de cohésion sociale, tout comme ciment de la qualité urbaine. La population se reconnaît avec fierté dans sa ville par son aspect et ses productions. Ce effet d'environnement, rénovation de quartiers historiques, réaménagement de places, crée un nouvelle urbanité avec l'intervention d'architectes, d'artistes, de designers. Elle rentre parfaitement dans le cadre de l'offre culturelle et produit de son effet qualitatif sur l'image de la ville.

Valorisation de l'offre culturelle

Il n'y a pas de « retour sur investissement » pour un musée ou un théâtre. Les « investissements culturels » ne sont donc pas rentables au sens comptable du terme. Mais ils ont une rentabilité sociale, culturelle et d'aucuns calculent, surtout dans le monde anglo saxon, l'effet multiplicateur qu'ils rendent possible par les manifestations qui s'y tiennent. (hôtels, restaurants, dépenses diverses…).

Des recettes plus directes peuvent cependant être obtenues. Les événements du type festivals attirent des visiteurs, cet afflux de touristes est évidemment bénéfique pour l'économie de la ville. Des agences spécialisées de communication ou créatrices d'événements recherchent pour leurs clients les villes et les bâtiments dont on parle, pour organiser des séminaires, des conférences, des réunions professionnelles.

Le rôle du SIME

Nous créons le premier salon de la valorisation de l'offre culturelle. Il est accompagné d'un colloque de deux jours avec la participation de professionnels et de spécialistes de très haut niveau. Et l'ensemble forme le SIME.

Son objectif est triple.

Rassembler la culture des villes. En souligner la personnalité. Renforcer ce vecteur de développement économique qu'est la culture.

Jean François Grunfeld

Le billet d'humeur de Bruno

Avançons…

Voici la rentrée, un nouveau démarrage avec sa cohorte de nouvelles décisions, de changements, d'emménagements et de déménagements ainsi que les échanges de moins en moins mouchetés qui vont égrener notre vie quotidienne jusqu'aux prochaines élections présidentielles.

Une période qui devrait être riche en discussions et devrait, sur un plan démocratique, permettre un vrai débat sur le constat de ce qu'est notre société, ses atouts, ses problèmes et sur les choix que nous souhaitons faire ou que nous devrons faire.

Est-ce que cela sera le cas ? Dans une certaine mesure, probablement. Néanmoins, on peut nourrir quelques craintes eu égard à l'importance de l'enjeu final. Est ce que certains hommes ou femmes politiques ne vont pas préférer entretenir une image confortant une position politique leur permettant d'accéder à la fonction suprême plutôt que de parler de certains sujets qui vont inévitablement déterminer notre futur ? Est-ce que certains candidats, tout en se présentant, ne seront pas, sauf à flatter leur ego, tellement éloignés des réalités qu'ils en perdront une certaine crédibilité ?

Il est évident que les candidats qui vont se présenter ne peuvent pas connaître les préoccupations de tous les électeurs et vont probablement se focaliser sur celles qui devraient fédérer le plus grand nombre sous leur bannière. Démocratie oblige.

Il est néanmoins nécessaire que les candidats parlent « vrai », soient pédagogues, évoquent les problèmes réels rencontrés, abordent les sujets de société, placent leurs débats dans le cadre de l'évolution internationale à laquelle nous devons faire face et annoncent clairement leur programme.

C'est tout le problème de leur crédibilité future qui est en jeu. Maintenir le système politique auquel nous sommes attachés nécessite de mettre en avant ce parler « vrai », cet acte de foi d'un changement réel et de s'y conformer, ce qui n'exclut pas pour autant des changements de cap pour autant qu'ils soient expliqués.

Qu'un homme de gauche soit montré du doigt parce qu'il dit qu'il faut mettre un terme au système des 35 heures tel qu'il est conçu, que l'on critique un homme de droite parce qu'il dit, en période préélectorale, qu'il convient de réformer les régimes de retraite spéciaux, c'est, dans les deux cas, avoir des comportements démagogiques qui décrédibilisent leurs auteurs.

Que les électeurs craignent pour le futur, qu'ils se demandent comment ce futur se présentera pour eux comme pour leurs enfants, cela s'explique. Que des candidats jouent sur ces craintes et n'abordent les problèmes que dans le sens qui plaît aux électeurs en s'enfermant dans des discours éculés dont les variantes s'expliquent par leur positionnement électoral, c'est anormal.

Il est évident que notre société doit évoluer et doit tenir compte des réalités auxquelles nous sommes confrontés. Nos mentalités doivent changer et être plus souples car les rigidités sont porteuses de traumatismes et de blocages.

Les rigidités sont multiples : droit du travail, carte scolaire, immigration, accès à l'enseignement supérieur, fiscalité…

Dans une société où les échanges internationaux sont croissants, où les voyages se multiplient, comment ne pas prendre en compte qu'en Chine vous pouvez acheter trois cravates pour le prix du seul nettoyage de l'une d'entre elles en France ? Cela a un impact direct sur notre industrie.

Comment ne pas convenir qu'il est totalement inéquitable que certains bénéficient de régimes de retraite avantageux, en terme de durée de travail ou d'indexation, alors que les régimes ordinaires du privé sont soumis à une érosion constante et que leurs bénéficiaires souffrent d'une précarité grandissante ? Comment ne pas convenir qu'il est anormal que certains régimes spéciaux de retraite dont les antennes radio font la publicité aient bénéficié de déductions fiscales particulièrement avantageuses ?

Comment ne pas convenir qu'il est anormal que les jeunes qui entrent sur le marché du travail aient suivi des cursus d'enseignement qui ne leur permettent pas de s'intégrer rapidement dans le monde du travail ? Comment admettre que des jeunes qui ont suivi des formations juridiques de 4, voire 5 ans, ne trouvent pas de travail ?

Comment admettre les dérives dans les procédures de révocation de certains dirigeants ?

Sur un autre plan, beaucoup de gens disent que, face à la division internationale du travail, notre société doit privilégier la recherche, les technologies avancées, attirer les sociétés de services.

Certes, mais comment expliquer les rigidités dans les mécanismes dont la finalité première est d'encourager la recherche ? Comment expliquer que les sociétés qui engagent des dépenses de recherche et demandent à bénéficier de crédits d'impôt recherche se voient très fréquemment contrôlées, voire refuser le bénéfice d'une telle mesure ?

Comment expliquer les rigidités fiscales auxquelles se trouvent confrontés certains organismes effectuant des dépenses de recherche pour pallier certains manques ?

Comment ne pas admettre que certains pays, déjà performants dans des industries utilisatrices de main d'œuvre, progressent très vite au niveau de la recherche et même plus vite que nous ?

Comment ne pas prendre en compte le fait que le législateur, sous la férule de l'Etat, met en avant des textes fiscaux dont la portée annoncée est d'apporter un certain progrès alors que, dans les mois qui suivent, les mêmes services de l'Etat édictent des textes, souvent imparfaits, pour en restreindre la portée ? D'où vient un tel comportement schizophrénique ?

Comment expliquer certains revirements fiscaux qui portent atteinte à la crédibilité de notre système ? Ainsi comment expliquer les revirements récents du législateur sur l'assujettissement à la taxe professionnelle des biens mis à disposition de tiers ?

Beaucoup des dysfonctionnements actuels ne sont que la matérialisation de rigidités dans les esprits, dans les prises de décisions ou les mécanismes de prise de décisions. Il suffirait de les gommer pour tendre vers un meilleur système.

En dehors des clivages politiques que nous connaissons, le meilleur des candidats ne sera-t-il pas celui qui mettra à nu nos divers problèmes et qui, tel un ostéopathe, s'appliquera à gommer méticuleusement tous ces blocages dont nous souffrons ?

Bruno Hické

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