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Le billet d'humeur de Frédéric & Bruno
Dis moi oui !
La précarité, la peur du lendemain, l'inconnu d'un monde en pleine mutation peut provoquer en chacun d'entre nous deux attitudes : le repli, « nous ne voulons pas sortir de notre lit car il y a du tumulte dans la rue » ou le mouvement, « nous sortons de notre lit, prenons un bain et allons voir ce qui se passe à l'extérieur. »
Et à l'extérieur, nous voyons une belle fille qui s'appelle Europe et dont nous allons parler parce que, chez nous, elle a un peu le bourdon.
La tentation, souvent populiste, de mettre à charge de l'Europe chacune de nos difficultés quotidiennes, c'est avant tout la création d'un bouc émissaire automatique nous exonérant d'une réflexion sur la nature de nos problèmes. La France risque de jouer aujourd'hui une partition schizophrénique en déniant le droit à l'Europe d'acquérir les outils économiques et politiques indispensables pour asseoir les transferts de compétences déjà effectués de l'Etat-Nation à l'Union Européenne.
Les bienfaits de la construction européenne sont légion et si connus qu'ils finissent paradoxalement par être presque oubliés. La paix évidemment, si merveilleuse, mais aussi l'extension de la démocratie qui apparaissent aux plus jeunes comme des acquis sans enjeu. Pourtant, parfois l'histoire bégaye et rien n'est jamais assuré si l'on ne consolide pas la construction.
Le débat actuel porte bien au-delà des clivages partisans. Il est ainsi indigne de voir tel ou tel prendre en otage l'Europe dans de misérables petits combats de factions. L'Europe n'est ni libérale, ni sociale-démocrate et cela serait une absurdité que de le proclamer.
Pour essayer de conserver à ce billet d'humeur - de très mauvaise humeur - une coloration professionnelle, nous nous attacherons à développer rapidement les thèmes économiques autour de la Constitution.
Si l'Europe est avant tout le poumon démocratique du monde, c'est aussi une zone de stabilité et de prospérité économique. Tout le monde s'accorde à reconnaître que la libre circulation des biens et des personnes dans l'Union crée de la richesse et donc du travail. Les partisans d'un rejet de la Constitution prennent souvent appui sur les délocalisations pour rejeter ce nouveau traité : en quoi dire non freinerait-il les transferts de production hors de l'Europe ? En rien et bien au contraire, l'affaiblissement de l'Europe ouvrirait davantage le marché à une concurrence internationale ne respectant pas les impératifs sociaux et environnementaux qui sont notre apanage. Ce n'est pas un hasard si la quasi-totalité des syndicats européens se sont prononcés en faveur du traité.
Pouvons nous nous payer le luxe de casser la dynamique de l'Europe en donnant un coup d'arrêt de dix ans à l'édifice ?
Nous revenons tous deux de Chine et nous croyons fermement que chaque jour compte dans l'affirmation des principes économiques et sociaux qui sont les fondements de la construction européenne : la coopération, la compétition et la solidarité. Nous voyons aussi les responsables nord-américains de tous bords se réjouir à voir la France, premier pilier de la construction européenne, vaciller.
Dans la lutte économique mondiale, nous n'avons pas le temps de développer des coquetteries de parvenus en disant non.
L'Europe a impérativement besoin d'être renforcée maintenant, pas dans dix ans. Casser la dynamique aujourd'hui s'avèrera désastreux en terme de développement économique et donc d'emploi. Un non aurait de plus des effets symboliques énormes, nous qui marchons la main dans la main avec l'Allemagne depuis un demi-siècle. La France serait donc seule à dire non, comme elle avait refusé la Communauté Européenne de Défense il y a 50 ans, refus dont les effets se font encore sentir aujourd'hui.
Sur le plan social, élément central d'une politique économique, la Constitution réaffirme de la manière la plus claire les exigences du modèle européen de l'économie sociale de marché : les politiques internes doivent prendre en compte les exigences d'un niveau d'emploi élevé (objectif du plein emploi), d'une protection sociale adéquate, de la lutte contre l'exclusion sociale, d'un niveau élevé d'éducation et de protection de santé.
La Constitution affirme également son ambition de promouvoir le commerce équitable et le développement durable dans le cadre d'une gestion équilibrée des ressource naturelles mondiales.
De quoi a besoin également l'Europe : d'une harmonisation fiscale (à quand la société européenne depuis si longtemps promise ?), d'une harmonisation sociale, du lancement d'un ambitieux programme européen de recherche. Ce traité, par la création d'un véritable gouvernement économique européen à même de coordonner les politiques économiques nationales et d'exercer un contrôle sur la banque centrale européenne, favorise la mise en place d'une gestion économique européenne.
La Mairie de Paris a mis en ligne la totalité du texte et de ses annexes, accessible sur l'adresse suivante :
Constitution Européenne
Si vous n'avez le temps que de lire un texte, car il faut bien reconnaître que tout cela est un peu épais … lisez donc la Charte des Droits Fondamentaux, partie intégrante de la Constitution, et posez vous la question de savoir comment peut-on dire non à un texte pareil.
Pour finir, émettons un regret : plutôt qu'un referendum, notre démocratie se serait honorée de voir l'Assemblée Nationale ratifier la Constitution. Cela nous rappelle une autre grande affaire, l'abolition de la peine de mort dans laquelle la représentation nationale, en rupture avec l'opinion dominante de l'époque, avait montré qu'elle n'était pas seulement le décalque du pays mais l'instauratrice d'une dialectique subtile de progrès. Quand nous étions petits, nous avons appris qu'il était dangereux de jouer avec les allumettes …
Ne cassons pas « l' Esprit d'Europe » et, comme le dit l'un de nos amis, Jean-Michel Baer : « la France serait bien mal inspirée d'entrer dans le 21éme siècle avec la tête enfouie dans le sable des Landes ! ! ! »
Quant à nous, nous pensons décidemment qu'Europe est une trop belle fille pour qu'on la laisse sur le carreau. Alors, on s'apprête à lui dire oui !
Frédéric & Bruno
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des lettres de Saint-Germain Audit