Nicolas Vial a désormais un site d'exposition personnel : http://www.nicolasvial.com
Le billet d'humeur de Bruno
Destination Ningbo !
Étudiant, j'ai été successivement passionné par le Japon, son mode de fonctionnement, son mode de vie puis par l'ensemble des pays asiatiques. Ma première approche de ces pays fut livresque. Pour moi, cela relevait de l'épopée.
1972 : ce fut mon premier contact. Le souvenir qui m'en reste est la piste d'envol d'une base américaine quelque part entre le Sud Vietnam et le Cambodge au milieu d'une myriade de bombardiers et d'hélicoptères militaires tous aussi gris que le ciel qui nous enveloppait et une femme qui s'installe à côté de moi dans l'avion avec, pour seul bagage, un coq vivant posé sur ses genoux. Le dénuement… Direction Singapour avec, déjà, sa modernité.
1982 : cours de management consacré à la révolution économique des « dragons » de la zone asiatique. Un véritable choc. Dix ans à peine se sont écoulés. L'évolution est fantastique. J'écoute éberlué avec une excitation intense.
2004 : j'arrive à l'aéroport de Shanghai, 5 heures de transit, direction Ningbo.
Arrivée à Ningbo (22H30). Jusqu'à une période récente, je n'avais jamais entendu parler de cette « petite » ville (seulement environ 4 millions d'habitants). Mon ami et un couple de chinois viennent me chercher. Direction l'hôtel : ultra confortable avec un prix qui ferait se décomposer un « Formule 1 », puis dîner rapide avant de prendre la direction d'un bar où nous discutons du programme de la semaine autour d'une Tsintao (bière locale).
Dimanche matin : visite d'une usine avec un couple de chinois. Elle fonctionne, les ouvriers sont là. Premières discussions. Au milieu d'un amoncellement de mobilier prêt à être mis en container, le patron de l'usine, qui ne parle pas anglais et qui ne nous attendait pas, discute avec les chinois qui nous accompagnent et est prêt à envisager tout type de fabrication. L'usine est propre, les machines tournent.
Puis direction la zone franche et le port de Ningbo. Avant le port, au milieu de nulle part, la route avec à sa droite des barres d'immeubles d'habitation et à gauche les usines. Un peu plus loin, un building ultra moderne. Nos chinois nous disent que le siège de leur société est là, qu'ils n'y vont jamais et que l'immeuble est quasiment vide : une immense boîte aux lettres en quelque sorte. Le rêve fiscal éveillé : vous payez un loyer qui vous permet de ne pas payer d'impôt. Nous filons vers le port (3ème port chinois). L'entrée du port est contrôlée, mais les gardes qui voient arriver une buick flambant neuf se demandent une fraction de seconde s'il ne s'agit pas d'un véhicule officiel. Le conducteur en profite et passe. Sur notre droite, dans la zone portuaire, une gigantesque aciérie est en cours de construction. Nous arrivons en bout de quai et là face à nous : une multitude de containers constituant de véritables immeubles nous entourent avec au bout des quais des cargos plus gros les uns que les autres prêts à être chargés.
En fin d'après-midi, nous déambulons dans le centre commercial de cette ville qui, par sa modernité, son architecture et sa conception n'a rien à envier à La Défense. Il vient d'y être installé le même système de jets d'eau musicaux. Tout est propre, je cherche désespérément les chinois qui crachent par terre et qui se déplacent sur leurs vélos. La seule différence notable est que, commençant à m'habituer à la monnaie locale (le renminbi : littéralement la monnaie du peuple), je prends conscience de l'écart vertigineux qui nous sépare.
Lundi matin, rendez-vous avec un autre chinois. Direction Ninghai en taxi. Visite d'une usine de mécanique. Vue rapide du show room et tour de l'usine. Je suis stupéfait : les machines outils ultra modernes sont alignées les unes derrière les autres. Les ateliers sont nickel. C'est le moment de la pause déjeuner. Les ouvriers s'arrêtent. Une demi-heure plus tard, ils sont à nouveau à leur poste avant que nous ayons terminé notre visite du magasin d'expédition où s'alignent les palettes de produits dans leur emballage définitif tel qu'il sera reçu par les distributeurs européens. Français, Italien, allemand, anglais… Une grande diversité de langues. A ce moment précis, je me demande combien il peut y avoir de consommateurs qui utilisent des produits fabriqués dans cette usine et qui n'auront jamais connaissance de leur provenance.
Déjeuner, retour en taxi et avion pour Canton où se tient la foire. L'avion est bondé. Subitement, au cours du vol, une hôtesse commence à s'adresser uniquement en chinois aux passagers. Ces derniers commencent à s'agiter. Le chinois qui nous accompagne nous informe que l'hôtesse procède à une mise aux enchères de billets. L'avion se transforme en véritable casino. L'excitation monte.
Arrivés à l'aéroport de Canton, nous prenons un taxi et nous nous dirigeons vers la ville au milieu d'embouteillages monstres, de multiples accidents et un chauffeur qui juge lui-même de l'utilité des feux de circulation : en clair, la différence entre le rouge et le vert n'est pas forcément perceptible. Nous posons nos valises à l'hôtel et nous nous rendons à un restaurant où nous sommes attendus par le dirigeant d'une société et ses collaborateurs. Ils sont 10 dont 8 chinoises. Nouvelle surprise : le rôle des femmes me paraît plus significatif que ce que l'on a coutume d'entendre.
Les trois jours qui suivent, foire de Canton. Les étrangers sont nombreux, particulièrement les indiens, les asiatiques. Parmi les occidentaux, surtout des italiens, des allemands, des anglo-saxons, des représentants des pays de l'Europe de l'Est. Des français : très peu. Et là, nouveau choc : de multiples produits très techniques à faire pâlir plus d'une entreprise occidentale. De plus, je suis abasourdi par leur vitalité et vivacité commerciales. Notre chinois repart à Ningbo.
Puis direction Hong Kong en train. Je m'attendais à une ville rutilante. De jour, elle m'a fait penser à une ville européenne un peu crasseuse. De nuit à une mosaïque de lumières féeriques semblables à celles ornant les machines à sous un peu tapageuses. La ville n'a pas la superbe que je m'imaginais.
Lendemain, avion pour Shanghai. C'est une mégalopole du 3ème millénaire avec des tours invraisemblables qui semblent sorties tout droit du Seigneur des Anneaux. C'est un torrent de vie avec des enchevêtrements d'autoroutes et de voies rapides. Tout va vite, très vite. Nouvelles discussions. Nous retrouvons nos chinois du début du voyage. Dîner dans un pub américain et ils nous informent que cela serait intéressant, sur le coup de 21H, que nous rencontrions un couple de leurs amis. Ils habitent à une soixantaine de kilomètres et ils vont venir. Imprévu. Nous fixons un lieu de rendez-vous. Retrouvailles à 22H30 dans un salon de thé. Nouvelles discussions qui vont durer 3 heures autour de tasses de thé préparées à la chinoise : cela signifie que pendant 3 heures, une personne n'a pas cessé de faire infuser, transvaser, filtrer du thé dans une théière d'une taille équivalente à celle d'un petit pot à lait. Nous sortons de là avec un besoin réel de se dégourdir les jambes et visitons, sans pratiquement rien consommer, la plupart des bars de la rue. C'est le Shanghai by night avec une vie à vous couper le souffle. Sur le coup de 2H30, nous rejoignons l'hôtel, exténués.
Jour du départ, je commence à être sur les genoux sans avoir fait de tourisme. Je laisse mon ami et les chinois, me fais indiquer un lieu touristique, fait écrire l'endroit en chinois sur un morceau de papier et prends un taxi. Je me trouve enfin dans une partie du vieux Shanghai, noyé au milieu d'une foule assourdissante tout en étant happé par de multiples vendeurs qui m'ont vite repéré. Je n'ai malheureusement pas trop de temps pour déambuler car je dois retrouver mon ami et les chinois à 12H30 précises. Avec la précision horaire dont je fais habituellement preuve, j'ai tout de même réussi, après avoir trouvé un taxi, à être juste à l'heure.
Dernières discussions. Nous déjeunons ensemble et nous nous séparons. Milieu d'après-midi, retour à l'hôtel car nous rentrons à Paris le soir-même. Un moment de calme et nous devons dîner avec un ingénieur français avant de nous rendre à l'aéroport.
Le dîner va révéler une nouvelle facette de la Chine. L'ingénieur en question semble avoir le moral au plus bas. Il travaille depuis 3 ans ici pour une entreprise occidentale qui a conclu des accords avec une entreprise chinoise. Il y a 18 mois, les chinois ont placé en binôme des ingénieurs chinois. Maintenant, ils proposent aux occidentaux de rejoindre éventuellement un nouveau site de production à environ 500km de Shanghai dans une zone franche, aussi hospitalière que celle que j'ai pu voir au début de mon séjour, avec, bien entendu des conditions de rémunération mises en adéquation avec les niveaux chinois. Résultat : il prend un billet aller simple pour Paris fin décembre.
Voilà ! Je m'attendais à un voyage instructif. Je suis rentré quelque peu secoué. Pourquoi ? Je vais vous donner quelques données objectives :
l'Asie compte environ 5.260.000.000 habitants dont 1.300.000.000 habitants pour la seule Chine, alors que l'Europe en compte environ 630 000 000 et l'Amérique du Nord (Canada compris) 390 000 000. Il y a un peu plus de 30 ans, le chanteur Antoine chantait : « 700 000 000 de chinois et moi et moi ». La population française représentait alors plus de 8 % de la population chinoise et aujourd'hui moins de 5 %.
le nombre des brevets déposés par la Chine est en augmentation de 82 % alors que la France régresse, en étant loin derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne.
les universités anglo-saxonnes et écoles d'ingénieurs accueillent de plus en plus de chinois. Un de mes amis a son fils dans une université américaine : près de la moitié des élèves de son cours est d'origine chinoise.
la Chine, ainsi que cela a été de multiples fois indiqué, finance largement le déficit des finances publiques américaines et participe, pour une part significative, aux émissions obligataires émises par le Trésor. Demain, s'ils arrêtent de participer, ils peuvent provoquer une crise financière dont on ne peut percevoir les conséquences.
le salaire d'un ouvrier chinois est d'environ 100€ par mois, celui d'un jeune cadre d'environ 400€, sans qu'il y ait généralement de couverture sociale.
les journées de travail peuvent atteindre 10 heures, parfois 6 à 7 jours par semaine. Les congés, lorsqu'il y en a, se résument à 15 jours par an.
l'enfant unique est la règle, mais avec de multiples exceptions : si vous travaillez dans une société d'Etat et vous avez plus d'un enfant, vous perdez votre emploi sauf si les deux parents sont eux-mêmes enfants uniques. Si vous travaillez dans le privé, vous payez une amende dont le montant varie selon la ville où vous vivez. Autant dire qu'il ne faut pas espérer qu'ils soient moins nombreux demain.
Les données démographiques expliquent et permettent de comprendre les évolutions économiques et sociologiques.
Alors, lorsque vous couplez la vitalité, la jeunesse, l'envie d'avancer de ce pays avec le poids démographique colossal qu'il représente (plus important que l'Europe et l'Amérique du Nord réunis), on ne peut prendre que la mesure du futur.
Certains disent que cela n'est pas possible de continuer sur la lancée que connaît la Chine, que l'économie peut entrer en récession, que le mécontentement social va gronder et constituer un frein. A voir. Il ne me semble guère possible de se contenter des modèles de pensée préétablis qui semblent guider notre vision de ce pays.
Le pays est dans une mutation radicale mais il ne faut pas oublier qu'il y a encore 15 ans de nombreuses personnes vivaient dans des « camps de redressement ». Beaucoup d'adultes d'aujourd'hui ont connu la faim dans leur jeunesse. Le pays se libéralise mais n'est pas une démocratie. Un entrepreneur occidental qui construit un pont qui s'écroule car, par souci de rentabilité, il n'a pas utilisé les matériaux adéquats, encourt des peines correctionnelles mais pourra toujours s'en tirer. Le même en Chine est condamné à mort.
Il est peut-être encore temps de prendre toute la mesure de la situation.
En toute hypothèse, j'ai une certitude : je vais me mettre au chinois car je repartirai en Chine !
Bruno Hické
Le billet d'humeur de Frédéric
Ça déménage chez les actifs
Drôle de titre, il ne s'agit pas de la population active ni de ceux qui s'agitent mais des actifs de l'entreprise.
Dans le cadre général du rapprochement des normes internationales IFRS et des normes françaises du Plan Comptable Général (PCG), le Conseil National de la Comptabilité (CNC) vient d'émettre un avis portant sur les actifs dont l'application sera obligatoire pour toutes les entreprises à compter des exercices ouverts au 1er janvier 2005. Les conséquences fiscales de ces importants changements comptables ne sont pas encore connues.
« Un actif est un élément identifiable du patrimoine ayant une valeur économique positive pour l'entité, c'est-à-dire un élément générant une ressource que l'entité contrôle du fait d'événements passés et dont elle attend des avantages économiques futurs. » Telle est la définition donnée par l'avis n° 2004-15 du 23 juin 2004 du CNC : on notera que la contrôle de la ressource générant l'avantage économique futur est au centre de la définition. Il apparaît ainsi une nouvelle notion du patrimoine, non plus juridique, liée à la propriété, mais comptable, liée au contrôle.
Certaines exclusions ont été prévues par le CNC qui ne seront toujours pas comptabilisés à l'actif dont :
contrats de location (bien que l'immobilisation financée en crédit bail réponde à la définition du patrimoine comptable exposée ci dessus)
les impôts différés actifs
les instruments financiers
les frais liés à la souscription et au remboursement des emprunts
les contrats de délégation de service public
À l'inverse, certaines exceptions sont prévues au principe de « génération de ressources » dont :
les investissements liés à la sécurité ou a l'environnement, qui ne génèrent pas directement d'avantage économique futur sont immobilisés.
les écarts de conversion actifs qui se rattachent aux pertes latentes sur les créances et dettes en devises restent obligatoirement inscrits à l'actif
Le CNC a émis le souhait que les frais de constitution , de transformation et de premier établissement ne soient plus inscrits à l'actif mais soient désormais considérés comme des charges. Il en va de même pour les frais d'augmentation de capital qui devront êtres comptabilisés sur le montant éventuel de la prime d'émission ou, en cas d'insuffisance, passés en charges.
Point important : les charges à étaler et les charges différées sont supprimées : elles sont passées, suivant leur nature, soit directement en charges, soit incorporées le cas échéant au coût d'entrée de l'immobilisation. Ainsi, par exemple, les frais relatifs au lancement d'une collection, au lancement commercial d'un nouveau produit seront obligatoirement comptabilisés en charges.
Le CNC s'est prononcé également sur la valeur d'entrée des actifs dans le patrimoine de l'entreprise. Les principaux changements portent sur l'intégration des éléments suivants dans le coût d'entrée de l'immobilisation :
l'incorporation du coût de démantèlement futur
la déduction des escomptes de règlement
l'incorporation possible des droits de mutation, honoraires, frais et commissions liés à l'acquisition
conversion au taux de couverture en cas d'acquisition en devises
l'incorporation possible du coût des emprunts durant la période de production ou d'aquisition de l'immobilisation
Pour les immobilisations incorporelles créées par l'entreprise, le CNC préconise comme méthode préférentielle l'immobilisation des frais de développement et la comptabilisation en charges des frais de recherche (étant en début de processus, ils ne répondent pas au critère d'avantage économique futur).
Pour les immobilisations acquises à titre gratuit par l'entreprise, le CNC préconise une comptabilisation à la valeur vénale en contrepartie d'un produit.
On comprend, par cette énumération très succincte de l'importance des changements de politique comptable sur les valeurs des actifs. Approcher leur valeur économique est le fil conducteur de l'ensemble de cette réforme, en phase avec les normes IFRS. Il est regrettable de ne pas être allé jusqu 'au bout, notamment en ce qui concerne le crédit-bail.
Il reste à considérer maintenant les règles relatives aux amortissements et provisions. Là aussi, table rase du passé, on modifie tout en profondeur.
La durée des amortissements est désormais déterminée par la durée réelle des avantages économiques attendus qui se mesurent en unités de temps ou unités d'oeuvre. La notion de durée d'usage professionnel généralement admise, qui assurait l'homogénéité des traitements comptables et fiscaux, disparaît.
La ventilation par composants de la valeur d'origine du bien est impérative dès lors que certains de ces éléments principaux devront êtres remplacés à un rythme différent de l'immobilisation complète. Plusieurs plans d'amortissements de la même immobilisation seront alors établis.
Tous les biens de l'actif peuvent également faire l'objet de provisions pour dépréciation. Un test de valeur est pratiqué lorsqu'un indice de perte de valeur est relevé, par rapport au marché ou au vieillissement de l'immobilisation par exemple. On doit alors vérifier que la valeur nette comptable est au moins égale à la valeur actuelle définie comme la valeur la plus élevée de la valeur d'usage ou de la valeur vénale. Si tel n'est pas le cas, une provision d'exploitation est comptabilisée - et non plus un amortissement exceptionnel - qui vient réduire la valeur amortissable de l'immobilisation. Voilà l'illustration de l'un des aspects de la réforme qui ne va pas contribuer à la simplification des logiciels d'immobilisations et de la lecture des comptes de résultat !
Quelle conclusion tirer de tout cela : sur le papier, un incontestable progrès dans le rapprochement des états financiers avec la réalité économique mais au prix d'une complexification des procédés de mesure de la valeur qui risque d'obscurcir dans bien des cas la lecture des états financiers.
Un étroit chemin de crêtes est à emprunter : à gauche, les respects des règles IFRS, à droite l'usine à gaz !
Attention à ne pas déraper, la création de valeur de l'entreprise n'étant pas forcément destinée à doubler les effectifs des services comptables et financiers.
Nous sommes à votre disposition pour examiner en détail les applications pratiques de cet ensemble de réformes sur la gestion des actifs. Nous reviendrons prochainement, Bruno ou moi même, sur les conséquences fiscales, non encore connues à ce jour, de toute cette réforme.
Bonne fin d'année.
Frédéric
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des lettres de Saint-Germain Audit