La lettre de Saint-Germain Audit n°3 (janvier 2001) :

Au sommaire de ce numéro, une histoire d'horreur : « Point de lendemain » par Frédéric et peut-être une deuxième histoire d'horreur : « a loi de finances 2001 » par Bruno …
Face à l'actualité, la lettre annoncée dans le précédent numéro : le « Mystère Insondable » ou « Qui peut m'expliquer la gestion … de la dette publique et du déficit budgétaire ? » est repoussée à février.

Bonne lecture et bonne année ! Les vœux de SGA sont en ligne sur notre site.


Le billet d'humeur de Frédéric 

« Point de Lendemain » (histoire d'horreur)

Il pleuvait sur la ville sans discontinuer depuis le matin. Une atmosphère humide et presque moite, à croire que décembre se prenait pour avril.

Albert était resté vissé devant son écran, mettant la dernière main à une lettre d'information envoyée à l'ensemble de ses clients. Peu avant 20 heures, Albert appuya sur le bouton « envoyer » de son e-mail … 200 destinataires, tous ses clients et ses contacts professionnels.

Puis, la conscience sereine d'avoir accompli son travail du jour, Albert fit le tour des bureaux, éteint les ordinateurs, claqua la porte et donna deux tours de clefs. L'habitude voulait qu'ensuite il aille acheter du pain pour le dîner dans l'une des meilleures boulangeries de Paris, sur le chemin de son domicile.

La soirée et la nuit s'écoulèrent comme le jour, aussi pluvieuses, aussi douces. Le réveil sonna, Albert était déjà réveillé. Tout en préparant le café, il jeta un coup d'oeil distrait au thermomètre à la fenêtre de la cuisine : 15° centigrade à 7 heures du matin ! Des trains de nuages s'apprêtaient une fois de plus à crever sur Paris. Un jour lourd, se dit Albert en son for inférieur qui était bavard ce matin-là.

Tout en ôtant la chaîne de son scooter, Albert brancha son téléphone portable qui, dans l'instant, sonna : c'était Gustave, l'un de ses importants clients, qui l'appelait d'une voix curieuse :
-  Bonjour Albert, c'est Gustave…
-  Bonjour, Gustave…
-  Ecoute Albert, je suis ennuyé, je ne sais comment …
-  Parle Gustave, si je peux t'aider...
-  J'ai reçu ton mail que je viens de lire et il est vraiment délicat d'avoir à te dire ….
-  Mais enfin, parle !
-  Eh bien voilà : ton document joint est lisible sur les premières lignes puis viennent des hiéroglyphes en gras … et … lorsque l'on clique dessus … des images pornographiques apparaissent !… ? ? ? Et puis ce sont des images de porno hard si tu vois ce que je veux dire !

Albert s'appuya sur le parapet et regarda le flot tumultueux de la Seine en crue qui noyait les quais. Le sol se dérobait sous ses jambes qui devinrent cotonneuses.

Un virus ! Il pensa immédiatement que cela venait de son ordinateur et qu'il avait contaminé la totalité de ses clients avec son envoi.

Gustave continua d'une voix glacée :

-  Attends la suite, mon disque dur est mort ainsi que ceux de toutes les machines en réseau de l'entreprise. Trois années de recherche et developpement disparues et nous n'avons pas de sauvegardes … ll n'y aura pas d'introduction en bourse ni cette année ni l'année prochaine ! Point de lendemain !

Et il raccrocha.

Un jour lourd ! c'était dit Albert en son for inférieur, tu parles ! … épais qu'il était le jour ! épais !

Plan d'urgence : appel à ses informaticiens, appels au hasard d'autres clients, RAS sur toute la ligne : le problème vient de la machine du client, pas de la tienne, lui dit Balthazar, son concepteur de site.

Au soir de ce jour funeste, Albert s'endormit d'un sommeil de plomb, terrassé par l'émotion.

 

Petites précisions, morale et informations sur cette histoire :

Petites précisions sur l'histoire :


-  c'est une histoire vraie : Albert, c'est moi et Gustave l'un de mes clients.
-  …ou presque vraie : Il n'y a pas eu par bonheur de dégâts dans les ordinateurs de Gustave (mais cela eu pu être le cas)

Morale de l'histoire :
-   tout ordinateur relié à internet est susceptible d'être infecté par un virus qui peut détruire totalement le disque de la machine réceptrice et de toutes les machines qui lui sont reliées…
-   il est donc impératif d'avoir :

1/ un logiciel anti-virus à jour : il détecte et détruit les virus : celui-ci doit être mis à jour très fréquemment afin de connaître et ainsi pouvoir lutter contre les derniers virus ;

2/ un logiciel firewall (« mur de feu ») : il détecte les intrusions intempestives dans votre système. C'est aujourd'hui la voie royale de l'espionnage industriel ;

3/ un vrai système de sauvegarde :

-   les disques doivent êtres entreposés dans un lieu physique en dehors de l'entreprise ou bénéficier d'un coffre de haute sécurité. Si le siège de l'entreprise brûle, elle doit pouvoir récupérer très rapidement ses outils de gestion. Nota à l'attention des petites entreprises : n'étant pas un support fiable, les disquettes ne sont pas un moyen de sauvegarde.
-   Une rotation sur un minimum de trois jeux de disques doit être organisée avec des échéances de sauvegardes différentes (par exemple : jeu 1, jours pairs ; jeu 2, jours impairs ; jeu 3, fin de semaine).

Il est inutile d'attendre d'avoir eu un accident informatique majeur pour prendre ces précautions élémentaires de sécurité. Je connais au moins deux entreprises qui ont eu des attaques d'hickers, les bandits du web : ces deux entreprises sont maintenant parfaitement protégées, mais un peu tard…

Informations sur cette histoire :


-   « …l'une des meilleures boulangeries de Paris … » : Il s'agit de la Maison Kaiser, rue Monge dans le Ve arrondissement.
-   « Point de Lendemain » : le titre de cette histoire a été emprunté à un conte magnifique de Vivant Denon dont Sainte-Beuve pensait qu'il était le seul « vraiment délicat » du genre galant… c'est-à-dire aux antipodes du virus de cette histoire.

Bonne année et au mois prochain.

Frédéric

 

PS : Si vous ne souhaitez plus recevoir ce « billet d'humeur », il suffit de nous le demander par e-mail frederic@saint-germain-audit.com.

 


Le billet d'humeur de Bruno

 

LOI DE FINANCES POUR 2001

Entrée feutrée dans le nouveau millénaire,

Disons-le : ce n'est pas le Grand Soir Fiscal.

La loi de Finances pour 2001 n'a ni excité les passions ni défrayé la chronique à l'exception des débats sur la CSG et la CRDS concernant l'exonération de ces dernières pour les salaires et revenus professionnels non salariés inférieurs à 1,4 fois le SMIC, disposition qui, finalement, a fait l'objet d'une annulation par le Conseil Constitutionnel.

A titre individuel :

Vous aurez plus de moyens pour assouvir vos passions en raison tout à la fois du relèvement des tranches du barème de 1,4 % et de la baisse des taux d'imposition (le taux marginal passant quant à lui de 54 % à 53,25 % pour l'imposition des revenus de 2000 et à 52,75 % pour les revenus de 2001).

Mais attention ! Pas de folie si vous êtes un gros contribuable bénéficiant, pour une part, d'un revenu imposable excédant FF 299 000 ou FF 598 000 pour un couple, car dans l'hypothèse où vous bénéficieriez de dividendes l'abattement de FF 8 000 pour un célibataire ou FF 16 000 pour un couple est désormais supprimé.

Néanmoins vous pourrez déjà vous préparer à ajuster au mieux votre pression fiscale au titre des revenus de 2001 et réduire votre impôt de 2002 en procédant, à compter du 1er janvier 2001, à des dépenses d'équipements de production d'énergie utilisant une source d'énergie renouvelable dans un logement affecté à l'habitation principale ou en procédant à des investissements locatifs dans des résidences de tourisme classées pour lesquelles le champ d'application géographique est étendu et le plafond d'investissement augmenté.

De plus, il faudra penser, si vous êtes fortuné, que le seuil d'imposition à l'ISF n'a pas été relevé (FF 4 700 000) et ne suivra pas l'évolution de votre patrimoine immobilier, ce qui augmentera votre contribution, à moins que vous ne soyez investi qu'en actions, car, dans cette hypothèse et dans bon nombre de cas, les cours de bourse au 31 décembre 2000 devraient vous aider…Heureusement ! car aucune mesure n'a vraiment été prise pour alléger la pression fiscale, au regard de l'ISF, des détenteurs de participation dans les start-up.

Ces particularités étant soulignées, les ajustements techniques des divers quotient familial, plafond et abattements poursuivent leur existence sans secouer la vôtre.

Pour les entreprises :

Vous serez plus heureux si vous n'êtes pas une multinationale car le taux de l'impôt sur les sociétés va baisser en 2001 à 25 % pour la première tranche de bénéfices qui n'excédera pas FF 250 000 et vous le serez plus encore en 2002 car ce taux de 25 % sera ramené à 15 %. Néanmoins, prenez en compte que si vous distribuez le bénéfice ayant supporté cette imposition minorée, il y aura lieu de verser le précompte, ce qui, en pratique, ramènera votre taux d'imposition au taux de droit commun.

Par ailleurs, vous bénéficierez tous de la réduction de la contribution additionnelle qui va passer de 10 % à 6 % en 2001 et 3 % en 2002.

Si votre activité se révèle toutefois déficitaire, et en cas de report en arrière des déficits, la créance sur le Trésor sera désormais calculée en appliquant au déficit le taux de l'IS auquel le bénéfice d'imputation a été soumis et non plus celui en vigueur au titre de l'exercice déficitaire.

Mais sachez que si vous souhaitez investir, le taux de l'amortissement dégressif va diminuer d'un quart de point pour les biens acquis ou fabriqués à compter du 1er janvier 2001.

De plus, si vous détenez une participation dans une autre société, vous pourrez bénéficier du régime des sociétés mères et filiales avec une simple détention de 5 % au lieu de 10 % jusqu'à présent, ce qui vous permettra de n'être imposé que sur une petite fraction des dividendes éventuellement reçus. Si, néanmoins, vous détenez une fraction moindre du capital d'une société ou si vous procédez à des opérations de placement sachez que le dividende reçu sera imposable au taux de droit commun et l'avoir fiscal sera abaissé à 25 % en 2001 et 15 % en 2002.

Enfin, si vos projets professionnels vous conduisent à faire du capital risque, prenez en compte le fait que le régime fiscal des sociétés faisant ce type d'activité est modifié pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2001.

A tout cela vient s'ajouter la cohorte des dispositions relatives aux impôts directs locaux et aux taxes assises sur les salaires qui ne vont pas changer fondamentalement votre vie, mais qui méritent une minute d'attention notamment si vous souhaitez déménager à titre personnel ou changer le lieu d'exploitation de votre entreprise. De nombreuses disparités continuent à subsister !

Vous pourrez également offrir un ordinateur à chacun de vos salariés en éxonération de charges sociales et d'impôt sur le revenu dans la limite unitaire de 10.000 francs … mais en réintégrant ce montant dans la base de votre résultat imposable.

Si enfin toutes ces mesures minent votre vie, soyez moins inquiet pour le lendemain et surtout pour le jour où vous ne serez plus du tout miné par les soucis, vos héritiers bénéficieront désormais de mesures moins contraignantes pour diminuer le poids des droits de succession. Les engagements de conservation des titres sont ramenés de 16 à 8 ans pour bénéficier des exonérations partielles.

Enfin,

Dans la mesure où tout cela ne vous paraîtrait pas très excitant à vous personnes physiques, entreprises ou sociétés, peut-être rêveriez-vous d'horizons lointains, de ciel bleu et de mer turquoise. Pour vous évader du quotidien tout en prenant soin de vos intérêts, vous pourriez être alors éventuellement tentés par l'aide à l'investissement outre-mer, un nouveau dispositif voyant le jour à compter du 1er janvier 2001.

 

Je vous souhaite une très bonne année avec une optimisation maximale,

Bruno




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