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Jazz entre les deux tours
Le billet d'humeur de Frédéric
Excel ou l'anti-compta
Dans la rubrique « les titres auxquels vous avez échappé cette semaine », ce billet aurait pu s'appeler « A quoi sert la comptabilité ? ». L'idée m'en est venue après plusieurs missions chez certains de nos clients (pas tous loin s'en faut !) touchant à leur système d'information.
Chez les plus gravement atteints, la comptabilité est entièrement « tenue » sur un tableur excel, parfois même par le Président. La comptabilité statutaire est alors souvent établie par un cabinet extérieur et n'a pour autre but que de répondre aux obligations fiscales et juridiques.
Cette situation ne me semble présenter que des inconvénients et n'avoir aucune qualité. Elle est fréquemment la conséquence d'une absence de système d'information fondée sur une comptabilité, soit parce que personne ne l'a mis en place, soit parce que les comptables ne se sont pas souciés, ou que l'on ne leur a pas demandé de répondre, aux besoins d'outils de pilotage de l'entreprise.
Les inconvénients, on l'a souligné, sont multiples.
Un système comptable en partie double ou chaque opération de bilan trouve sa correspondance dans le compte de résultat est infiniment plus fiable et exhaustif qu'un système sur tableur qui n'a, la plupart du temps, qu'un « compte de résultat » non recoupé avec un bilan comprenant comptes de tiers, de trésorerie etc …
La saisie sur tableur, puis celle en comptabilité multiplie le travail par deux de manière parfaitement stérile. Pire, il nécessite un rapprochement entre les écarts qui naissent fatalement entre le tableur et la compta. Et je me situe là dans la meilleure hypothèse, car j'ai vu plusieurs cas où personne ne s'intéressait à la réconciliation des différences de résultats entre tableur et compta. Il en d'ailleurs de même dès lors que l'on découple le contrôle de gestion et la comptabilité. L'absence d'analyse des écarts est alors une véritable pandémie, parfois mortelle pour l'entreprise car bien souvent le « reporting découplé » est exagérément optimiste en évacuant certaines charges. La société meurt alors, le dirigeant pensant son entreprise en pleine santé ! Ne croyez pas ici que j'exagère ni que cela ne se passe que dans la micro entreprise…
Chez d'autres, moins gravement atteints par la maladie, le tableur excel n'est employé que pour recopier les résultats comptables, il s'ensuit généralement une ressaisie plus ou moins fastidieuse de balances et de comptes où l'on duplique généralement des informations existantes du système comptable.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire en lisant ce billet, je ne nourris aucune aversion contre excel dont je me sert quotidiennement. Mais il faut que son usage corresponde à sa fonction. Excel n'est ni un logiciel de comptabilité ni un logiciel de gestion.
En revanche, une utilisation opportune d'excel comme outil de reporting grâce à des exportations adéquates d'un système comptable sont pertinentes et efficaces.
Ce tintamarre autour d'un tableur a pour seul objectif de faire comprendre qu'une comptabilité bien tenue n'est pas une chambre d'enregistrement destinée à arriver après la bataille.
La comptabilité a d'abord pour objet d'être la colonne vertébrale du système d'information et de reporting de l'entreprise. Les comptables (et les experts-comptables) ont donc pour mission, même et surtout lorsque l'on ne leur demande pas, de proposer, au delà de la tenue des comptes stricto sensu, de construire une base de reporting afin d'assurer un système d'information fiable et unique.
La bulle internet avait poussé ces comportements pernicieux à leur paroxysme. La comptabilité avait disparu dans la fosse commune de la vieille économie puisqu'il n'y avait plus ni client ni fournisseur mais des partenaires procédant à des échanges immatériels ne nécessitant surtout pas de formalisation comptable !
A l'explosion de la bulle, la bonne vieille facture, avec TVA et règlement …, sous forme papier ou sous forme électronique a refait son apparition, et avec elle, sortant des limbes du vieux monde, quelques principes de gestion oubliés nécessitant la tenue d'une comptabilité !
Sic transit gloria mundi !
Beaucoup d'entre vous penserons que j'enfonce quelques portes ouvertes mais c'est une partie de mon métier, d'autres partaient bien combattre les moulins à vent !
Bonne rentrée à tous.
Frédéric
Le billet d'humeur de Bruno
Enfin de l'optimisme !
La trêve estivale n'est pas forcément propice à des réflexions intenses. Néanmoins, quelques unes des dernières mesures adoptées le 29 juillet jumelées aux digressions publiques de certains hommes politiques et à l'évolution de notre démographie donnent un peu de baume au cœur et des motifs de positivisme.
Bon, il n'y a pas de quoi faire la fête, mais un mouvement semble enclenché. Espérons qu'il prenne de l'ampleur et tende à briser nos chaînes.
Dernières mesures…
Bien que dubitatif sur l'impact de la mesure liée à la déductibilité des intérêts des prêts à la consommation, certaines dispositions récemment entérinées par le législateur devraient donner le sourire à certains contribuables et donner de l'allant au commerce.
La première mesure concerne l'exonération d'impôt de la plus-value réalisée lors de la cession de fonds de commerce dont la valeur est inférieure ou égale à 300 000€ ainsi que l'exonération du paiement de droits d'enregistrement sur de tels mutations. Certes, cette exonération est quelque peu encadrée et devrait donner lieu à quelques précisions complémentaires de l'administration fiscale, mais cela pourra fluidifier les cessions de commerce de proximité.
Une telle mesure génère immédiatement deux effets positifs non négligeables. D'une part, cela permettra aux commerçants qui vont se retirer de ne pas considérer qu'ils auront travaillé toute une vie pour se trouver soumis à une fiscalité confiscatoire sur un prix de cession qui, pour un certain nombre, peut représenter un complément de retraite indispensable. D'autre part, cela donnera un certain souffle aux acquéreurs dont l'objectif est de développer leur propre activité qui n'auront pas à financer une charge qui n'est perçue que comme le versement d'une dîme alimentant les caisses de l'Etat, étant précisé que l'exonération de droits d'enregistrement ne s'applique que si l'acquéreur s'engage à poursuivre l'exploitation pendant cinq ans.
Une telle disposition ne peut donc que réjouir. Il est cependant regrettable que le législateur n'ait prévu qu'une exonération frontale sur les opérations de moins de 300 000€ au lieu de prévoir une franchise de 300 000€ sur les cessions, par exemple, inférieures à 1 000 000€ pour ne viser que les petites PME-PMI. En effet, je suis prêt à faire le pari avec quiconque qu'une telle mesure va encore être à l'origine de multiples contentieux fiscaux, l'administration vérifiant, avec toute la bienveillance dont elle peut faire preuve et en se reposant derrière le législateur, si les valeurs intrinsèques des cessions sont bien au-dessous du seuil de 300 000€, alors que la franchise en base ne pouvait que donner une certaine sécurité au contribuable.
Dans sa démarche, le législateur ne fait qu'encourager la créativité du contribuable. Il n'y a qu'à donner un petit exemple : pour une cession à 300 000€ il n'y a ni impôt sur la plus-value, ni droits d'enregistrement, pour une cession à 375 000€, il y a environ 70 000€ d'impôt sur la plus-value et 17 000€ de droits d'enregistrement, soit 87 000€ de prélèvements fiscaux pour un net à peu près équivalent à 300 000€ pour le cédant.
Deuxième mesure intéressante : les dons exceptionnels effectués jusqu'au 31 mai 2005 au profit d'un enfant ou d'un petit-enfant âgé de plus de 18 ans qui sont exonérés dans la limite de 20 000€. Une telle mesure ne peut être que bénéfique. A cet âge, les besoins sont, en principe, significatifs. Tout est à construire. Cela ne devrait pas générer, par ailleurs, un manque à gagner significatif pour l'Etat, car il est probable que, eu égard à la somme prévue par le législateur, les parents ou grands-parents qui veulent donner le font sans s'interroger sur les incidences fiscales qui peuvent y être liées. La mesure peut néanmoins avoir un impact psychologique libérant certains parents ou grands-parents d'une certaine retenue à donner.
Il est cependant dommage de limiter une telle mesure dans le temps, car les besoins de consommation seront toujours les mêmes pour les enfants de plus de 18 ans et imaginez la tête de celle ou celui qui aura 18 ans le 4 juin 2005 et qui aura des parents ou grands-parents pointilleux sur l'application de la loi !
Une autre mesure présentant un intérêt non négligeable est la possibilité de déblocage anticipé de l'épargne salariale dans la limite de 10 000€. Il va sans dire qu'une telle disposition ne peut qu'aider à soutenir la consommation et devrait avoir indiscutablement un intérêt bénéfique à court terme.
Globalement ces mesures sont bonnes (je n'évoquerai pas le replâtrage temporaire du canard qui ne meurt jamais : la taxe professionnelle), mais dans la mesure où l'objectif est de relancer la consommation, j'ai du mal à comprendre que le législateur ne propose pas une réduction ou une exonération de TVA sur certains biens. Une telle mesure aurait un impact social significatif car s'appliquant au plus grand nombre et le corollaire économique de l'augmentation de la consommation en découlerait, alors que reconnaissons que la mesure liée aux donations temporaires ne peut viser qu'une partie de la population et ne devrait avoir qu'un impact limité.
Digressions publiques
Elles vont bon train. On verra ce qui en résultera mais elles ne peuvent que rendre le sourire. Je ne ferai que les citer :
mesures d'accompagnement pour freiner les délocalisations,
aménagement des 35 H,
amnistie,
réflexion sur la légitimité de l'ISF,
…
Je ne m'étendrai pas plus sur ces sujets qui constituent, au niveau du discours, le terrain de jeu des politiques.
Démographie
Et si tous nos maux pouvaient être réglés par l'évolution de notre démographie ?
Savez-vous que nous avons un des taux de fécondité les plus importants en Europe (1,8 à 1,9) ? L'Allemagne, l'Italie sont aux environs de 1,2 ou 1,3.
Avec un taux de 2, la population se maintient. A moins, la population diminue mécaniquement. Ceci veut dire que, par rapport aux autres, nous devrions être les moins mauvais.
Si nous poursuivons dans cette voie, nous serons dans quelques années le pays européen le plus peuplé, donc le plus influent eu égard à nos capacités économiques et le plus à même à faire face au problème de financement des retraites.
Par la fécondité, nous stimulons la consommation et, par voie de conséquence, la croissance. Par la croissance, les consommateurs ont le moral, ont envie d'avoir des enfants qui consomment et il n'y a plus besoin de mesure pour soutenir la consommation.
Le cercle vertueux, en somme.
Tout n'est-il pas rose ?
Bonne rentrée
Bruno
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