La lettre de Saint-Germain Audit n°12 (décembre 2001/janvier 2002) :

Au sommaire de ce numéro, « Adieu au roi Jean II, dit le Bon » par Frédéric et « 1er janvier 2002 : le début de la fin ? » par Bruno…

Bonne lecture.


Blaise Charlet
Trotteur
bronze
30 cm x 37 cm


Le billet d'humeur de Frédéric

Adieu au roi Jean II, dit le Bon

Nous avons le privilège de vivre la plus grande conversion monétaire de l'histoire. Au delà de ses aspects techniques, l'euro marque l'affirmation de la construction européenne dans la vie quotidienne de chacun de ses citoyens et de chacune de ses entreprises…

Une différence notable oppose cependant citoyens et entreprises face à l'euro : le niveau de préparation requis. Un citoyen pourra se dire à l'extrême qu'il va suivre le mouvement et qu'il sera toujours temps de se préparer psychologiquement ou pratiquement. L'entreprise qui appliquerait ce comportement nonchalant va s'exposer à une suite de déconvenues, dont certaines seront immédiates et d'autres à effet différé.

Mon propos n'est pas de jouer les oiseaux de mauvais augure mais toutes les entreprises n'ont pas encore effectué les démarches minimales de préparation. Les grandes et moyennes entreprises ont évidemment, dans leur quasi-intégralité, mis en place les mesures nécessaires à l'arrivée de l'euro mais c'est parmi les petites et très petites entreprises que l'on traîne parfois du pied. Ce billet est donc plus particulièrement destiné à ces dernières qui n'ont encore rien fait.

La politique du pire n'étant pas forcément la meilleure, un minimum de réflexion sur l'introduction de l'euro et ses conséquences doit être mené. Mieux vaut tard que jamais ! La cellule euro, mise en place par SGA pour vous assister dans vos opérations de bascule restera en fonction toute l'année 2002 pour répondre à vos questions.

Cela étant dit, les cris d'orfraies sur notre état d'impréparation à l'introduction de l'euro que beaucoup ont poussé et dont je faisais partie avaient à mes yeux plus un mérite de mobilisation que de mise en exergue d'un risque réel. On pourrait d'ailleurs faire un parallèle avec le passage à l'an 2000 où les prédictions de catastrophes de type millénariste avaient fait florès.

La France donne l'impression d'avoir l'euro déjà derrière elle tant le climat est à la sérénité et à la confiance. Le choc, si il doit y en avoir un, ne sera ni comptable, ni technique ou monétaire mais culturel et historique. Le Franc, dont l'apparition doit se situer aux alentours du XIV ème siècle si ma mémoire est bonne a accompagné la construction du Royaume de France, de toutes nos Révolutions puis de nos Républiques.

Avec la joie de la découverte des nouvelles choses de la vie et sans nostalgie de notre passé lointain ou récent, notre pays rentre dans une nouvelle histoire, celle des Etats-Unis d'Europe. Le chemin sera pourtant long et semé d'embûches comme nous l'explique mon ami Bruno dans son billet qui suit : à ne pas lire un lendemain de réveillon.

Très bonne année !


1er post-scriptum : Nous vous invitons à cette occasion sur notre site www.saint-germain-audit.com à venir découvrir l'œuvre du sculpteur Blaise Charlet.

2 ème post-scriptum : petit conseil à l'usage des candidats à la schizophrénie : laissez vous glisser dans l'euro dès le 1er janvier et ne tentez pas la gymnastique bi-monnaie jusqu'au 17 février !

3 ème post-scriptum : En 1360, pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), apparaît une nouvelle pièce d'or : le franc. Cette pièce est émise au moment de la libération du roi Jean II le Bon (1350-1364), retenu prisonnier par les Anglais depuis 1356, après la défaite de Poitiers. Le nom de cette pièce signifie que le roi est « franc des Anglais », c'est-à-dire libre… (in « Le Monde 2 » décembre 2001 page 91)

4 ème post-scriptum : J'aime cette idée que le franc est né grâce ou à cause des Anglais mais qu'il meurt en dépit d'eux. Il est aussi amusant de savoir qu'un certain nombre de grands commerces Londoniens ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils accepteraient l'euro. Rule Britannia…

Blaise Charlet
Requin pas sérieux
marbre, 16 cm x 22 cm


Le billet d'humeur de Bruno

1er janvier 2002 : le début de la fin ?

Les espérances portées par la mise en œuvre de l'euro résident, entre autres, dans la confirmation de l'établissement progressif d'un vaste marché européen où les agents économiques auront de moins en moins de contraintes pour circuler et échanger du fait des simplifications apportées dans leur vie quotidienne et du fait qu'ils pourront comparer les produits sur l'ensemble d'une vaste zone économique où pourra s'effectuer le libre jeu de la concurrence.

Est-on proche de satisfaire de tels espoirs ?

Connaissez-vous le terme de « Treaty shopping » ?

C'est une notion fiscale qui est liée à l'existence des conventions internationales entre les pays dont la finalité est principalement d'éviter qu'un agent économique soit imposé simultanément dans deux pays pour une seule et même activité. Au regard de la diversité des législations fiscales des pays, certains agents économiques vont alors procéder à une analyse fine de la législation fiscale des pays dans lesquels ils peuvent éventuellement envisager une implantation et, partant des avantages fiscaux spécifiques à chaque pays, vont étudier chaque implantation en vue de maximiser la profitabilité globale de leur activité en introduisant la fiscalité comme critère de choix.

Les agents économiques concernés font alors leur « marché ». Ils font du shopping fiscal, d'où le terme de « Treaty shopping ».

Face à de telles dérives, certaines conventions prévoient des dispositions particulières qui ne permettent pas qu'un agent économique puisse ne pas être imposé simultanément dans deux pays.

C'est le cas des conventions signées par la France avec la Suisse, les Etats-Unis, l'Italie, le Luxembourg, l'Autriche.

Théoriquement, au niveau des grands principes, les agents économiques ne peuvent donc plus tirer un avantage concurrentiel d'une concurrence fiscale entre deux pays.

La morale est sauve.

Au niveau de la réalité de notre zone euro qu'en-est-il ? Peut-on dire que l'on s'achemine vers la suppression des divergences fiscales ?

Connaissez-vous l'éventail de taux d'impôt sur les sociétés entre les différents pays européens. Le Petit Poucet s'y perdrait lui-même. C'est à frémir.

En ce qui concerne la TVA, les écarts de taux ne sont pas très importants, maisfaites une opération commerciale triangulaire entre trois pays faisant intervenir un pays n'appartenant pas à la zone et vous resterez pantois. Je ne parle même pas de la DEB (déclaration d'échanges de biens), des systèmes de représentation fiscale, de remboursement de TVA…En comparaison, le jeu de Go est une aimable plaisanterie pour nourrissons.

Quant au remboursement de précompte ou d'avoir fiscal entre deux pays européens, il vaut mieux avoir le cœur aussi bien accroché que si vous alliez faire un grand 8. Pour les amateurs de sensations fortes, succès garanti.

Je ne parlerai même pas des spécialités locales telles que la taxe professionnelle en France où, sans même évoquer les règles de fond (qui devraient relever du CNRS), les taux d'imposition relèvent de principes tribaux.

Vous vous dites : dénigrement, tout ceci n'est que du dénigrement facile.

Cas concret : vous voulez fabriquer des composants électroniques. Souhaiteriez-vous vous installer à La Courneuve ou à Dublin ?

Tip …tip… : éléments de réponse : taux de taxe professionnelle qui est l'un des plus élevés à La Courneuve, écart de taux d'impôt sur les sociétés de plus de 20 points. Il convient toutefois de prendre en considération qu'il n'y a pas la Tour Eiffel à Dublin.

Un long chemin reste à faire !

L'avènement de l'euro n'est qu'un début. La fin des disparités fiscales n'est pas pour demain.

Bonne année à tous.

Bruno Hické

Blaise Charlet Poule Blanche calcaire et acier, 40 cm x 42 cm 




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